L’accès effectif aux études dépend encore trop souvent des territoires, des établissements, des moyens locaux, de l’engagement des familles ou de la capacité des étudiants à compenser eux-mêmes les insuffisances du système. 

Le parcours exigeant et remarquable de Maxime Lokietek, doctorant en physiologie démontre que le handicap visuel ne limite ni les ambitions, ni les compétences, ni la capacité à construire un parcours d’excellence.

Quelles ont été les principales difficultés dans votre parcours d’études ?

Au lycée j’étais parti pour devenir ingénieur en conception mécanique mais après avoir perdu la vue je me suis réorienté vers des études de kinésithérapeute qui étaient plus adaptées à mon handicap et pour lesquelles j’ai eu un vrai coup de cœur.

Dans la mesure où j’ai suivi cette formation dans un établissement spécialisé pour les personnes déficientes visuelles, l’IFMK DV de Lyon, je n’ai pas rencontré de difficultés particulières dans mon cursus puisque tous les besoins et problématiques d’accessibilité étaient pris en charge par l’équipe pédagogique.


A cette période, mes difficultés étaient plutôt d’ordre extra-scolaire car ma vie venait d’être bouleversée par la cécité. Je n’étais pas complètement à l’aise dans mes déplacements et mon quotidien. 


La poursuite de mes études s’est compliquée quand je suis sorti du parcours spécialisé pour intégrer un mastère à l’Université de Paris Saclay où il n’y avait jamais eu d’étudiant non voyant inscrit. J’ai alors été confronté à des difficultés dans la mise en œuvre de mes demandes d’aménagement de poste. Par exemple, à mon premier partiel d’examen, j’ai eu la désagréable surprise de découvrir que la moitié des sujets n’étaient pas adaptés… Aujourd’hui encore pour ma thèse de doctorat je dois continuer à me battre pour la pérennité de mes aménagements à l’université…

Comment avez-vous surmonté ces obstacles dans votre parcours d’étude ?

Il m’a fallu beaucoup d’opiniâtreté et de volonté pour persévérer dans la voie que j’avais choisie !

Tout au long de mes études, j’ai pu compter sur le précieux soutien de ma famille et de mes proches. J’ai aussi eu la chance de ne pas être dans une précarité financière. Ce qui m’a permis de contrebalancer les difficultés d’accessibilité des documents à lire pour mes études, avec des cours de soutien. Une à deux heures par semaine, je retrouvais une professeure particulière avec laquelle je faisais le point sur les notions abordées en cours. Elle me décrivait les graphiques, les images que les enseignants de Mastère n’avaient pas toujours le réflexe de décrire en classe. 


A la fin de mes études de kiné et avec l’envie de faire de la recherche, j’ai développé avec un ami informaticien une application pour rendre accessible les outils de recherche bibliographique aux étudiants déficients visuels. C’est ainsi que nous avons lancé l’association Bibliosphere en 2023 avec pour objectif de rendre moins complexe le parcours académique à l’université des étudiants déficients visuels.

Dans notre association, nous accompagnons des étudiants en droit, en langues, en sociologie mais c’est principalement en sciences que les besoins sont importants du fait du recours systématique aux éléments visuels types graphiques, schémas, équations.

A ce jour, ce sont 20 universités qui nous ont rejointes pour faciliter l’accès aux études supérieures des étudiants avec des besoins particuliers ! 

De façon plus générale selon vous quelles doivent être les conditions d’un égal accès des élèves déficients visuels à l’enseignement supérieur ?

Tout d’abord, il est indispensable que les étudiants en situation de handicap puissent bénéficier de la mise en place d’aménagements adaptés pour leur permettre de suivre leurs études comme les autres. Il faut pour cela que les universités mettent les moyens et prévoient des budgets à la hauteur de cet enjeu d’inclusion.


A l’heure du tout numérique, 74,9% des articles scientifiques disponibles en ligne ne respectent aucun critère d’accessibilité. Pour faciliter l’accès aux ressources documentaires et pédagogiques, il est nécessaire de sensibiliser et de former les développeurs informatiques sur l’intégration des normes d’accessibilité dans la conception des contenus numériques.

Par ailleurs, le handicap est la minorité la plus discriminée en France et on le constate dans l’enseignement supérieur. Pour vaincre les aprioris et favoriser l’inclusion des personnes handicapées, il faudrait sensibiliser au handicap les enseignants, les chercheurs et les étudiants. Le handicap ne devrait pas être un frein dans les études et l’accès aux postes universitaires dans la recherche scientifique.


En conclusion, si j’avais un conseil à donner à un jeune étudiant pour l’encourager à poursuivre des études supérieures, c’est d’abord de choisir des études qui l’intéressent et qui le passionnent, c’est ensuite et surtout de s’accrocher et de se battre malgré les difficultés !